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Alcool : « Au lieu de culpabiliser, consultez ! »

Par  18 mars 2016

L’alcool et les jeunes, une source d’inquiétude pour les parents. Quand faut-il s’inquiéter ? Comment faire la différence entre la fête entre copains et des signes d’alcoolisme ? Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste, membre associé de l’Institut national de psychanalyse s’exprime sur le sujet dans Marianne.

« L’alcool, au début, c’est la frime, un moyen, une idée de se sociabiliser, d’être comme les autres en soirée, de ne pas être « le plouc » qui appliquerait les consignes de papa-maman ou qui serait terrorisé par l’effet que procure l’alcool. D’autres pensent qu’aller en soirée est le motif d’une ivresse. Certains perçoivent cette première ébriété tel un bizutage de première année de médecine. Ça y est, c’est fait, on a bu, on est grand, on est adulte. (…)

De jeunes patients viennent me voir en consultation pour me dire : « Nous venons car nous buvons un tout petit peu trop ». Ne cherchant surtout pas à les culpabiliser, je leur demande pourquoi le fait de boire les dérange. Il est très important de comprendre quel est l’enjeu de ce premier rendez-vous pour eux, est-ce une obligation des parents qui attendent devant mon cabinet, ou un début de prise de conscience ?

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Dans la majorité des cas, ces jeunes me disent qu’ils ne sont pas inquiets mais que leurs parents ou leur conjoint s’inquiètent sans raison. Ils me regardent souvent fixement, s’attendant à ce que je les réprimande et que je leur demande quelle est la quantité d’alcool qu’ils consomment. C’est précisément ce que je ne fais pas. A ce stade du contact, le patient n’attend que le premier prétexte pour partir. Je considère que la définition de l’alcoolisme ne se trouve pas principalement dans la dose, mais dans la répétitivité, la capacité à récidiver.

Entre une grosse cuite à Noël et un baby whisky tous les soirs il y a une différence : le premier est acte festif, le second est alcoolique.

Les distractions sont devenues chères, les valeurs se perdent, la lecture est en voie de disparition etc, l’alcool est au rabais, les jeunes achètent des bières fortes en alcool et en abusent, ils ouvrent le bar des parents ou se cotisent pour une bouteille. (…)

Dans toutes les soirées, les adolescents refont le monde, ils décrivent l’alcool comme une formidable façon de s’évader d’une vie que beaucoup jugent comme difficile, pénible et sans issues ; beaucoup ironisent sur la mort comme si l’alcool était pour eux une façon de la défier.

A mon sens, il n y a pas 3 façons de proposer une aide. Si le but est de culpabiliser le patient, il continuera à rester comme une autruche, la tête sous le sable. Il serait faux de dire que l’alcool n’est pas un puissant anxiolytique qui peut, dans certains cas, donner l’idée qu’en un instant tout va mieux. Il faut pouvoir comprendre quelles sont les motivations de nos patients pour démonter ces mécanismes.

L’alcool est un poison, c’est la réalité, mais il faut le démontrer et non l’affirmer. Lors de mes séances, je pointe souvent du doigt les problèmes de libido que cela entraîne, le risque d’accident de la route, le risque de coma, l’effet de l’alcool sur le corps, le foie, les reins, le système nerveux central, etc.

Seul le patient doit déduire par lui-même qu’il est en danger et qu’il est urgent de se traiter.

Devant les patients dubitatifs, je cherche les cas de ceux qui pourraient dire : « J’ai tout réussi dans la vie, tout me sourit grâce à l’alcool« . Jusqu’à aujourd’hui, je n’en ai pas trouvé. Alors au lieu de culpabiliser, consultez ! »

Vous avez des doutes ou que vous souhaitez aborder le problème avec votre enfant ? Lisez notre article sur  la nécessité de retarder la première prise d’alcool et proposez-lui de faire le point sur sa consommation.

Sources

L’intégralité de l’interview de Rodolphe Oppenheimer dans Marianne

Des inquiétudes sur votre situation ? Besoin de conseils ? Les psychologues de Boddy sont disponibles pour échanger avec vous et vous accompagner.

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